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Il ne faut pas confondre l’Histoire et les histoires

janvier 4, 2010

Bien que le débat soit tranché, Jean-Pierre Gorges, député-maire de Chartres vient de poster sur son site internet une vidéo où il donne son avis sur la suppression de l’Histoire en Terminale S et fait preuve d’une méconnaissance totale de la discipline et du système pédagogique, quoi de plus choquant pour un député qui devrait connaître a minima l’institution pilier de la République. En effet, il ne faut pas oublier que la réforme de Luc Châtel passe par la suppression en Terminale Scientifique des heures d’Histoire mais aussi de Géographie et de l’ECJS.

La vision décrite par Jean-Pierre Gorges est assez symptomatique de l’ignorance qu’ont certains, ou de la vision lointaine qu’ils ont de l’Histoire. D’un point de vue sémantique, le commun des mortels ne distingue pas l’Histoire – discipline scientifique et matière d’enseignement – des histoires, celles que l’on se raconte autour du feu, qui font appel à notre imagination et véhiculent une tradition. Contrairement au gloubiboulga de Jean-Pierre Gorges, l’Histoire s’enseigne elle ne se raconte pas, ce sont les légendes et les fictions qui se racontent.

Or l’Histoire et la Géographie font partie au même titre que les Sciences et le Français du bagage minimal de ce que l’on considère comme l’instruction délivrée par l’Education Nationale, l’école gratuite, obligatoire et laïque, garante de la formation d’individus instruits et éclairés, c’est un rempart contre l’obscurantisme. Il est bien triste de ne considérer l’Histoire que comme une passoire d’histoires et de légendes, comme le dit Jean-Pierre Gorges, peut-être révolté que les professeurs d’Histoire n’enseignent pas les révélations de Jeanne d’Arc et son dialogue avec Dieu aux petits républicains.

L’Histoire est, depuis des décennies, considérée comme une science humaine, dont les règles d’écriture et de recherche répondent à des critères stricts – les fameuses notes de bas de page – qui permettent de vérifier la thèse de l’historien, et non du faiseur d’histoires. Rappelons aussi que l’Histoire est enseignée dès le primaire et que les fondamentaux sont approfondis au fur et à mesure de la progression scolaire : comment enseigner la Shoah à des élèves de Terminale s’ils n’ont pas appris l’histoire des grands monothéismes en sixième ?

Déplorable hélas, que les lois et les décrets qui réglementent l’Education Nationale soient rédigés et votés (hormis les décrets) par des ignorants. On ne peut reléguer l’Histoire à Wikipédia ou d’autres sites internet, car ce ne sont pas des citoyens éclairés que nous ferons mais des obscurantistes, manipulés par les révisionnistes et autres “complotistes” . En réduisant a minima le bagage intellectuel des élèves, ce ne sont pas des économies que l’on fait pour la Nation, mais des boulevards pour les marchands de bonnes aventures et de machines de prêt-à-penser.

Il eut été plus intelligent dans le cadre de cette réforme de réintroduire les mathématiques dans les matières littéraires, il n’y a rien d’antinomique entre l’apprentissage littéraire et les mathématiques. En dévalorisant la Terminale Scientifique dépourvue d’Histoire et de Géographie, c’est l’ensemble des bacs généraux qui sont ainsi dépréciés.

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